
Observons les observatoires !
Sommaire
De quoi parle-t-on lorsqu’on utilise le terme “observatoire” ? Au cours de nos différents projets, en échangeant avec les collectivités et acteurs de la donnée sur nos territoires, ou au fil des marchés que nous voyons passer, nous nous sommes rendu compte qu’il était bien difficile de définir précisément ce qu’est un observatoire !
Pour certains, il s’agit nécessairement d’une démarche partenariale de mise en commun de données. Pour d’autres, d’un outil d’analyse des données disponibles, voire d’une démarche interne pour fournir des supports d’analyse des données éclairant une thématique.
Nous avons donc décidé, pour faciliter la qualification des projets qui nous sont soumis, de définir une petite grille d’analyse des observatoires, que nous vous partageons ici.
6 axes d’analyses retenus pour qualifier un observatoire
Public cible
À qui s’adresse l’observatoire ? Trois grandes familles reviennent :
- Décideurs / politiques : prioritairement des élus et directions générales, qui recherchent lisibilité, synthèses et récits appuyés par des indicateurs robustes.
- Professionnels métiers : agents et techniciens métiers, analystes, partenaires opérationnels, qui ont besoin d’outils interactifs, d’exports et de données documentées.
- Grand public : L’ensemble de la population, les citoyens avec des objectifs de médiation, de sensibilisation, de transparence, et le besoin d’accès aux données « prêtes à lire ».
Sources de données
Un observatoire se définit aussi parce qu’il agrège des données qui peuvent être de sources différentes :
- Open data (INSEE, portails locaux, bases nationales…) pour les référentiels et séries longues.
- Partenariats publics/privés avec des flux spécialisés, des conventions de partage, des données métiers.
- Données spécifiques (traitements, enquêtes, capteurs, campagnes ad hoc).
Souvent, les observatoires combinent ces trois familles mais certains sont au contraire limités à une famille.
Fréquence de mise à jour
On peut également caractériser un observatoire par son rythme, qui doit être adapté à ses objectifs et conditionne son usage :
- Ponctuel / annuel : études, bilans, portraits.
- Régulier (avec un calendrier de mise à jour) : tableaux de bord thématiques actualisés trimestriellement ou semestriellement par exemple.
- Quasi-temps réel / continu : indicateurs alimentés par des capteurs ou flux automatisés, on se rapproche ici de la supervision.
Niveau d’ouverture
Quatre postures fréquentes, souvent combinées :
- Données et productions de l’observatoire ouvertes (librement accessibles).
- Ouverture partielle / restreinte partenaires (licences ou conventions).
- Usage interne (outillage de pilotage, données sensibles).
- Hybride : une partie publique et une partie sous convention (le cas le plus courant).
Acteurs et gouvernance
On identifie différents niveaux de complexité qui impliquent des enjeux de gouvernance plus ou moins forts :
- Interne, organisme seul : utile pour des dispositifs de supervision métiers.
- Réseau d’acteurs publics : collectivités, agences, services de l’État, universités…
- Acteurs publics + privés : opérateurs techniques, associations, bureaux d’études.
Supports et outils
Enfin, les supports conditionnent l’expérience :
- Rapports / études pour l’analyse et l’appropriation politique, qui intègrent les analyses et commentaires des experts.
- Outils interactifs (tableaux de bord, cartographies, portraits de territoires).
- Plateformes collaboratives pour le partage, la coconstruction, les données.
Les observatoires « complets » combinent généralement ces trois volets.
Une vingtaine d’observatoires passés au crible
Nous avons choisi ici de ne pas citer tous les observatoires étudiés ; il s’agit d’une première analyse, basée sur les informations disponibles, qui vise à mieux appréhender la diversité des projets plutôt qu’à caractériser chacun de manière exhaustive.
Ce panorama met en évidence une grande diversité de dispositifs d’observation. Ils peuvent aller d’outils très ciblés, focalisés sur une source, ou un usage précis (comme un flux capteur ou un indicateur métier clé destiné à des professionnels), à des dispositifs beaucoup plus larges, agrégeant des données hétérogènes pour produire des états des lieux thématiques ou multithématiques à destination de publics variés.
Dans ce contexte, il est donc difficile de définir un modèle unique. On peut néanmoins identifier trois grandes tendances :
- Des dispositifs internes de suivi de données de gestion, relevant surtout de la supervision opérationnelle d’un service, d’une politique, ou d’indicateurs de gestion ;
- Des observatoires thématiques ouverts, rassemblant des données provenant de plusieurs sources pour fournir un état des lieux structuré d’un territoire, destiné à la fois à l’information du public, des décideurs, et des spécialistes ;
- Des observatoires partenariaux à visée opérationnelle, très orientés vers l’appui à la décision, la coordination d’acteurs, et le suivi de plans d’actions.
Dans tous les cas, chaque projet a ses spécificités : thématique, territoire, culture d’organisation, maturité des partenaires.
Nous avons tenté de créer un outil pour décrire rapidement le positionnement d’un observatoire sous forme de “ carte d’identité ” :

Modèle vierge d’une fiche d’identité d’observatoire
Voici deux exemples d’observatoires correspondant à des dispositifs internes de suivi de données de gestion, à supervision opérationnelle, usage interne, avec données sensibles ou techniques :

Fiche d’identité de l’observatoire de la Tranquillité publique à Nantes Métropole
Public cible : élus et services de sécurité (pas de diffusion open data).
Données : ministère de l’Intérieur, enquêtes locales.
Fréquence : baromètre annuel.
Ouverture : restreint partenaires.
Gouvernance : CISPD + AURAN.
→ Typique d’un observatoire interne pilotant une politique spécifique (sécurité).

Fiche d’identité de l’observatoire de l’Energie de Landerneau
Public cible : professionnels uniquement.
Données : enquêtes et capteurs énergétiques.
Fréquence : régulière / temps réel selon sources.
Ouverture : usage interne.
→ Un outil de supervision technique centré sur une thématique et un territoire.
Voici ensuite deux exemples d’observatoires thématiques plus ouverts, proposant un état des lieux structuré, de multiples sources de données, et à destination de publics variés :

Fiche d’identité de l’observatoire de l’Environnement en Bretagne
Public cible : collectivités, État, chercheurs, citoyens.
Données : ADEME, INSEE, DREAL, capteurs, enquêtes.
Fréquence : bilans tous les 3 ans + mises à jour régulières.
Ouverture : open data très large.
→ Multitude de sources, forte dimension de diffusion et de sensibilisation.

Fiche d’identité de l’observatoire « Atlas social » de Nantes Métropole
Public cible : élus, pro, chercheurs, grand public.
Données : INSEE, données locales, enquêtes qualitatives, plateformes (Airbnb, BlaBlaCar…).
Fréquence : publications régulières.
Ouverture : ouverte + données issues de partenariats.
→ Approche éditoriale forte, diffusion large, multi‑sources.
Enfin, voici deux exemples d’observatoires partenariaux à visée opérationnelle, agissant comme des appuis à la décision, permettant de coordonner des acteurs et de suivre des stratégies et plans d’action :

Fiche d’identité de l’observatoire TEO – Transition écologique Pays de la Loire
Public cible : collectivités, État, associations, chercheurs, entreprises, citoyens.
Données : DREAL, ADEME, Agence de l’eau, collectivités, enquêtes déchets…
Fréquence : régulière + mises à jour thématiques.
Gouvernance : association fondée par Région PDL + DREAL + ADEME.
→ Outil de pilotage régional, très opérationnel, servant au suivi des politiques énergie-climat.

Fiche d’identité de l’observatoire des Mobilités à Nantes Métropole
Public cible : élus, techniciens, acteurs de la mobilité, grand public.
Données : transports publics, vélos en libre‑service, stationnement, recharge électrique, CEREMA…
Fréquence : régulière + temps réel sur certains indicateurs.
Gouvernance : Nantes Métropole + opérateurs de mobilité.
→ Outil structurant pour le suivi des mobilités, alimentant des décisions opérationnelles et la coordination des acteurs.
Quel impact pour les projets ?
Cette lecture par axes met en évidence un ensemble de points d’attention à anticiper, qui combinent à la fois des besoins à clarifier et des compétences à mobiliser.
Définir clairement les publics et les usages
Identifier dès le départ à qui s’adresse l’observatoire (décideurs, techniciens, grand public) permet d’éviter des interfaces « fourre-tout » et adapter les parcours et les niveaux de détail.
Qualifier les sources de données et leur type d’accès
Inventorier les données (open data, partenariats, enquêtes, capteurs) et clarifier les modalités d’accès (conventions, licences, API, fréquence de mise à jour) conditionne la qualité, la maintenance et la traçabilité des indicateurs.
Structurer les analyses et les indicateurs
Produire des indicateurs fiables et documentés nécessite des compétences data (structuration, qualité, interopérabilité, sécurité) et une réflexion méthodologique partagée.
Définir un rythme de mise à jour réaliste
Ponctuel, régulier ou quasi-temps réel : ce choix engage la promesse éditoriale et la capacité opérationnelle à la tenir.
Arbitrer sur le niveau d’ouverture
Open data, partage restreint ou usage interne : ces choix posent le cadre juridique et éthique (confidentialité, RGPD, risques de ré‑identification).
Installer une gouvernance claire et partagée
Un observatoire est un travail collectif : savoir qui fait quoi, qui met à jour, qui valide et comment on décide permet d’éviter les incohérences, les mises à jour oubliées et les messages contradictoires. Une gouvernance claire garantit un dispositif fiable et pérenne. Les projets multi acteurs nécessitent la mise en place d’un pilotage précis mais aussi des efforts d’animation spécifiques.
Assurer l’éditorialisation des contenus
Rendre les données lisibles, contextualisées et interprétables est indispensable pour éviter les contresens. Une donnée brute ne dit jamais tout : l’observatoire sert avant tout à aider à comprendre, à décider et à débattre.
Communiquer et accompagner l’appropriation
Une fois les analyses produites, il faut encore les rendre accessibles, visibles et compréhensibles. La communication permet d’adapter le message à chaque public, d’encadrer l’interprétation et d’assurer que l’observatoire soit réellement utilisé.
Choisir des supports adaptés
Rapports, tableaux de bord interactifs, plateformes collaboratives : mixer les formats favorise la compréhension, l’exploration et la réutilisation, et permet aux différents publics d’accéder à l’information selon leurs besoins. En réunissant ces éléments, il devient possible de calibrer le projet, d’identifier les partenariats à mobiliser et d’éviter les écueils classiques (sous-dimensionnement, sur-promesse, mauvaise appropriation).
Conclusion
Ce travail d’analyse confirme qu’il n’existe pas d’«observatoire type». On observe plutôt un continuum de dispositifs — de la supervision interne à la plateforme partenariale ouverte — répondant à des besoins et des cultures organisationnelles différentes.
Cette diversité est une richesse : elle permet d’ajuster l’ambition à la réalité des territoires, des moyens, des jeux d’acteurs et des enjeux. Elle rappelle surtout qu’un observatoire vit : il s’anime, se met à jour, se discute, s’évalue, se transforme.
Cette grille en six axes, illustrée par des cas concrets, peut aider les porteurs de projets à nommer leurs intentions, poser les bons choix et construire des observatoires utiles — pour décider mieux, travailler ensemble et partager la connaissance.
Cette analyse nous aide à mieux comprendre les logiques à l’œuvre et à anticiper les partenariats nécessaires.
Et si on devait proposer une définition commune, c’est quoi finalement un observatoire ?
Un observatoire n’est pas seulement un outil : c’est un dispositif, une démarche.
Tout comme un SIG, qui combine données, méthodes, outils, utilisateurs, administrateurs et pilotes, un observatoire réunit des données, des projets, des acteurs et des supports et outils de diffusion.
Il produit, analyse et diffuse des connaissances fiables sur un enjeu public, pour éclairer la décision, outiller les professionnels et, parfois, informer le grand public.
Selon les contextes, il peut remplir cinq fonctions : observer, veiller, évaluer, diffuser, animer.
Cette définition volontairement large reflète la diversité constatée : un observatoire n’est pas un format figé, mais une démarche adaptable aux besoins, aux ressources et aux ambitions des territoires et des équipes qui le composent.
LES AUTEURS

Sophie BLANCHET
Sophie est DGA et consultante Data senior chez Naomis : elle accompagne les acteurs des territoires, notamment collectivités, sur leur feuille de route et leur organisation autour des données mais aussi sur la mise en œuvre de leurs projets. Elle aime le travail d’équipe et l’utilité, et y travaille tous les jours auprès des équipes de l’entreprise, y compris sur le développement commercial.
Zazie CASIMIR-FAVROT
Zazie est chargée d’études SIG. Elle travaille sur différents projets, pour différents clients, pour tout ce qui touche aux SIG : numérisation de données et de cartes, administration et intégration de données géographiques, analyses et représentations cartographiques, création d’applications cartographiques, formations... le tout principalement sur les outils de la suite ESRI.


