Écoconception logicielle : un guide détaillé et pragmatique pour les développeurs

Écoconception logicielle : un guide détaillé et pragmatique pour les développeurs

Sommaire

Quand on parle d’impact environnemental du numérique, on pense souvent aux data centers, au streaming vidéo ou au cloud. Beaucoup plus rarement… à notre code. 

Et pourtant, en tant que développeurs, nos choix techniques ont un impact direct sur la consommation CPU, mémoire, réseau — et donc sur l’empreinte environnementale des services que nous concevons, exécutons et maintenons parfois pendant des années. 

Cet article propose un guide détaillé d’écoconception logicielle, pensé pour des équipes de développement modernes, avec un focus sur Angular côté frontend et Node.js / TypeScript côté backend. 

L’objectif est simple : écrire du code plus sobre, plus performant et plus durable, sans sacrifier la qualité, la maintenabilité ou l’expérience utilisateur. 

Pourquoi l’écoconception concerne directement les développeurs ?

Le numérique est souvent perçu comme immatériel. En réalité, chaque ligne de code s’exécute sur : 

  • un processeur, 
  • de la mémoire, 
  • un réseau, 
  • des équipements physiques bien réels. 

Un point clé à garder en tête : environ 75 % de l’impact environnemental d’un terminal est lié à sa fabrication. 
Autrement dit, une application plus légère et plus performante permet : 

  • de fonctionner correctement sur des appareils plus anciens, 
  • de retarder leur remplacement, 
  • et donc de réduire significativement l’impact global. 

Optimiser CPU, RAM et réseau, ce n’est pas du micro optimisation inutile : c’est un levier environnemental majeur. 

C’est quoi l’écoconception numérique, au juste ?

L’écoconception consiste à réduire les impacts environnementaux d’un produit dès sa conception, tout au long de son cycle de vie, tout en maintenant, voire en améliorant, le service rendu. 

Appliquée au numérique, cela se traduit par des objectifs très concrets : 

  • moins de code inutile à maintenir et exécuter, 
  • moins de calculs superflus, 
  • moins de données échangées sur le réseau, 
  • moins de charge sur les serveurs et les terminaux utilisateurs. 

Contrairement à certaines idées reçues, l’écoconception : 

  • n’est pas incompatible avec l’innovation, 
  • ne dégrade pas l’expérience utilisateur, 
  • améliore souvent les performances et la qualité globale du produit. 

Ce que contient ce guide (et ce qu’il ne contient pas)

Ce guide s’adresse avant tout aux développeurs et équipes techniques. 

Ce que tu vas y trouver 

  • des principes clairs pour guider les décisions techniques, 
  • des bonnes pratiques concrètes applicables au quotidien, 
  • des exemples de code Angular et Node.js / TypeScript, 
  • des pistes pour mesurer et piloter l’impact dans le temps, 
  • une vision collective de l’écoconception au sein d’une équipe. 

Ce que ce guide ne te demandera pas 

  • de coder en assembleur, 
  • de supprimer toutes tes dépendances du jour au lendemain, 
  • de devenir expert en empreinte carbone. 

L’idée est plutôt de développer des réflexes techniques responsables, progressifs et réalistes. 

Les grands piliers de l’écoconception logicielle

a. Sobriété fonctionnelle 

La sobriété fonctionnelle consiste à développer uniquement ce qui apporte une réelle valeur utilisateur. 

Chaque fonctionnalité inutile : 

  • complexifie le code, 
  • augmente la surface de maintenance, 
  • consomme des ressources à chaque exécution, 
  • génère de la dette technique. 

Questions simples à se poser : 

  • Cette fonctionnalité est-elle réellement utilisée ? 
  • Peut-elle être simplifiée ? 
  • Peut-elle être différée ou supprimée ? 

A titre d’information, on estime à 70% le nombre de fonctionnalités non utilisé dans une application. 

b. Optimisation des flux 

Les échanges réseau sont coûteux : 

  • en énergie, 
  • en latence, 
  • en ressources serveur et client. 

Bonnes pratiques : 

  • limiter le nombre de requêtes HTTP, 
  • éviter les appels inutiles ou redondants, 
  • regrouper les appels quand c’est possible, 
  • compresser systématiquement les payloads. 
  • charger uniquement les données nécessaires. 

Chaque requête évitée est un gain immédiat et durable. 

c. Allègement des ressources 

L’objectif est de réduire la charge CPU et mémoire : 

  • côté frontend (moins de calculs, moins de JS exécuté), 
  • côté backend (algorithmes efficaces, cache, pagination). 

Un code plus simple est souvent : 

  • plus rapide, 
  • plus lisible, 
  • plus économe. 

Dans la limite du possible il est recommandé de limiter les fonctions à 40 lignes et de limiter le nombre d’arguments. 

d. Cycle de vie des données 

Les données ont un coût : 

  • stockage disque, 
  • indexation, 
  • sauvegarde, 
  • traitement. 

Bonnes pratiques : 

  • définir des durées de conservation claires, 
  • archiver les données anciennes, 
  • supprimer les données réellement inutiles. 

Une base de données allégée est plus rapide et plus sobre. 

e. Accessibilité 

Une interface accessible est souvent : 

  • plus simple, 
  • plus lisible, 
  • moins chargée graphiquement. 

Accessibilité et écoconception vont très souvent dans le même sens : moins d’effets inutiles, plus de clarté, moins de calculs. 

Bonnes pratiques générales côté développement

a. Réduction de la dette technique 

Un code surchargé ou mal structuré : 

  • génère des bundles plus lourds, 
  • induit des exécutions inefficaces, 
  • pousse à surdimensionner les serveurs, 
  • multiplie les cycles de correction. 

Bonnes pratiques : 

  • appliquer KISS (Keep It Simple, Stupid), 
  • éviter les duplications, 
  • refactoriser régulièrement, 
  • automatiser les contrôles qualité (ESLint, Prettier, SonarQube). 

Un code clair est plus durable, à tous les niveaux. 

b. Nettoyage des dépendances 

Chaque dépendance a un coût : 

  • poids du bundle, 
  • temps de build, 
  • surface de maintenance et de sécurité. 

Avant d’ajouter une librairie, se poser la question : 

Existe-t-il une alternative native suffisante ? 

// Alternative native à moment.js 

new Intl.DateTimeFormat(« fr-FR »).format(new Date()); 

 

c. Optimisation des itérations 

Les appels coûteux dans des boucles sont un antipattern classique. 

 Mauvaise pratique : 

for (const userId of userIds) { 

  await http.get(`/api/users/${userId}`).toPromise(); 

} 

 Bonne pratique : 

this.http.post(‘/api/users/batch’, { ids: userIds }).subscribe(…); 

Moins d’appels = moins de latence, moins de charge serveur, moins d’énergie. 

Écoconception du frontend Angular

a. Lazy loading 

Le lazy loading permet de ne charger que ce qui est nécessaire, au moment où c’est nécessaire. 

const routes: Routes = [ 

  { 

    path: « admin », 

    loadChildren: () => import(« ./admin/admin.module »).then((m) => m.AdminModule), 

  }, 

]; 

Résultat : 

  • bundle initial plus léger, 
  • temps de chargement réduit, 
  • moins de consommation côté client. 

b. Change détection maîtrisée 

Par défaut, Angular vérifie tout l’arbre de composants à chaque changement, ce qui peut engendrer des calculs inutiles. 

La stratégieOnPushlimite les recalculs aux cas réellement nécessaires. 

@Component({ 

  selector: ‘app-example’, 

  changeDetection: ChangeDetectionStrategy.OnPush, 

  templateUrl: ‘./example.component.html’ 

}) 

c. Optimisation des images 

Bonnes pratiques essentielles : 

  • formats modernes (WebP, AVIF), 
  • lazy loading, 
  • dimensions adaptées (pas de redimensionnement CSS). 

<img src= »image.webp » loading= »lazy » alt= »Texte alternatif » /> 

 d. Polices et styles 

  • privilégier les polices système, 
  • limiter le nombre de variantes, 
  • utiliser le formatwoff2, 
  • éviter les animations coûteuses inutiles. 

e. Version imprimable 

L’impression a un impact considérable sur l’environnement et pour les pages web jugées importantes elle reste un réflexe courant. 

Une feuille de style dédiée à l’impression (@media printpermet : 

  • de masquer les éléments inutiles, 
  • de simplifier la mise en page, 
  • de réduire l’encre et le papier consommés. 

Écoconception du backend Node.js / TypeScript

a. Mise en cache 

Le cache est l’un des leviers les plus efficaces : 

  • réduction des accès base de données, 
  • temps de réponse plus courts, 
  • baisse de la charge serveur. 

const cache = new Map(); 

app.get(« /api/users », async (req, res) => { 

  if (cache.has(« users »)) return res.json(cache.get(« users »));  

  const users = await userRepository.find({ where: { active: true } }); 

  cache.set(« users », users); 

  res.json(users); 

}); 

b. Pagination 

Renvoyer de gros volumes de données est coûteux et souvent inutile. 

const [results, total] = await repo.findAndCount({ 

  skip: (page – 1) * limit, 

  take: limit, 

}); 

c. Logs sobres 

Des logs trop verbeux : 

  • consomment du stockage, 
  • ralentissent le système, 
  • compliquent l’analyse. 

const logger = winston.createLogger({ 

  level: process.env.NODE_ENV === « production » ? « info » : « debug », 

}); 

API, base de données et stockage

Bonnes pratiques transverses : 

  • limiter les payloads API, 
  • activer la compression HTTP, 
  • indexer uniquement ce qui est nécessaire, 
  • regrouper les requêtes, 
  • supprimer les données obsolètes avec précaution.

Faire vivre la démarche en équipe

a. Revues de code orientées sobriété 

Ajouter une section dédiée dans les pull requests : 

  • appels API évitables ? 
  • impact sur le bundle ? 
  • nouvelles dépendances justifiées ? 

b. Indicateurs à suivre 

Quelques indicateurs simples mais utiles : 

  • taille du bundle frontend, 
  • nombre de requêtes HTTP par page, 
  • score EcoIndex 

Mieux vaut peu d’indicateurs suivis régulièrement que beaucoup jamais analysés. 

Conclusion

L’écoconception logicielle n’est ni une contrainte, ni un effet de mode. 
C’est une extension naturelle des bonnes pratiques de développement. 

En pratique, cela repose sur : 

  • des choix techniques éclairés, 
  • de la simplicité, 
  • et une vision long terme. 

De petits choix répétés chaque jour peuvent avoir un impact durable, pour les utilisateurs comme pour l’environnement. 


LES AUTEURS

Fabien CERISIER
Fabien, développeur full stack chez Naomis depuis plus de 10 ans.  Il intervient aussi bien sur les outils interne du groupe (maintenance ou développement de nouvelle fonctionnalité dans divers langages : NodeAngular, PHP) que sur des applications cartographiques. Il dispose d'une forte expérience en gestion de base de données et mise en place de processus ETL et également d'une forte appétence pour l'UX/UI design. 
Geoffrey GENARD
Geoffrey, Lead Développeur full stack chez Naomisconçoit et pilote des applications web en Angular et Node.js, tout en assurant la qualité technique des projetsIl accompagne les équipes de développement pour garantir l’adoption des meilleures pratiques, notamment en matière d’éco-conception logicielle. 

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